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Congo - Le nouveau musée Mâ Loango de Diosso, une mémoire tournée vers l’avenir

Dialogue des cultures et Patrimoine – Engagé pour la promotion du dialogue culturel

Conservateur du musée Mâ Loango de Diosso depuis 36 ans, Joseph Kimfoko Madoungou en a fait l’un des plus grands lieux de mémoire de la République du Congo. Menée avec le soutien de Total, sa métamorphose donne un nouvel élan à l’institution.

Portrait Joseph Quote
Ce nouveau musée est une fierté nationale. 

Joseph Kimfoko Madoungou conservateur du musée Mâ Loango de Diosso

Joseph Kimfoko Madoungou n’avait pas prévu de devenir conservateur de musée. En 1977, il choisit d’entamer des études de psychologie à l’Université de Brazzaville. Le stage d’immersion dans la vie active instauré par le pouvoir de l’époque va tout changer. « Affecté par le Ministère de la culture à la réserve du Musée national, j’ai commencé à dévorer les livres d’art et d’histoire des archives de la bibliothèque. Et je me suis pris de passion pour le patrimoine. » Le jeune étudiant participe dès 1982 à l’ouverture du musée Mâ Loango, dans le cadre de la création des musées régionaux. L’année suivante, il en devient conservateur, à 25 ans. « Je remplaçais juste une personne chargée de garder les lieux et d’en ouvrir les portes ! », nuance-t-il.

Dix collections uniques 

Situé à Diosso, dans le département du Kouilou, à 25 kilomètres au nord de la capitale économique Pointe-Noire, le musée a pour vocation de préserver et de valoriser le patrimoine culturel de Loango, l’un des neufs anciens royaumes du Congo, fondé au 15ème siècle. A l’arrivée de Joseph Kimfoko, il est d’ailleurs installé dans l'ancien palais royal de 220 m² construit en 1952 pour Moe Poaty III, souverain régnant du Loango de 1931 à 1975. « Un musée n’existe que par ses collections ! Il y en avait peu, admet le conservateur. J’ai commencé à mettre les choses en ordre. Le site fonctionnait avec les moyens du bord, c’est-à-dire pas grand-chose. Heureusement, on avait mis un 4 x 4 à ma disposition. Je me suis lancé dans la prospection et la collecte d’objets en faisant le tour des villages dans la forêt du Mayombe. » A lui seul, Joseph Kimfoko constitue en trois ans dix collections uniques de plus de 300 pièces et documents d’une grande valeur ethnographique et historiographique : monnaies, instruments de musique, objets de culte, outils agricoles, armes, mobilier et ustensiles, parures et vêtements, manuscrits et traités, portraits de rois, ...

Musée Diosso
Nous pouvons déployer des expositions plus accueillantes, en faire un espace de découverte, d’apprentissage et de transmission pour tous les publics. 

Joseph Kimfoko Madoungou conservateur du musée

Et si on construisait un nouveau musée ?

Creuset des traditions, de la mémoire et de l’identité loangaises, le musée devient vite l’un des plus importants du Congo. Diplômé en 1998 de l’Ecole du Patrimoine Africain en conservation préventive des œuvres dans les musées d’Afrique subsaharienne, Joseph Kimfoko apprend à protéger ses collections des insectes et de l’humidité. « Nos ressources financières, limitées provenaient des seules visites guidées », souffle-t-il un brin fataliste. Alors l’ancienne demeure royale perd vite de sa superbe. Des fissures lézardent les murs, le plafond s’effrite, des trous apparaissent dans le sol, la toiture se délabre. L'état de conservation de certaines pièces des collections devient critique. A la dégradation s’ajoute l’exigüité des lieux. « On ne pouvait pas continuer longtemps dans ces conditions. Royal ou sacré, le lieu n’était plus adapté pour héberger durablement le musée ! » Joseph Kimfoko lance alors une idée aussi simple qu’audacieuse : et si on en construisait un nouveau ?

5000 m² pour un lieu plus accueillant

La filiale de Total au Congo appuie d’emblée le projet. Une convention de partenariat est signée avec le Ministère des hydrocarbures et le Ministère de la culture et des arts du Congo. L’ouvrage sort de terre à partir de 2012. Total E&P Congo finance et supervise sa construction et son équipement. Les nouvelles installations de 5000 m² sont inaugurées le 23 août 2018. « Ces lieux permettent de mieux mettre en valeur l’ensemble des collections, souligne Joseph Kimfoko. Nous pouvons enfin déployer des expositions plus accueillantes, en faire un espace de découverte, d’apprentissage et de transmission pour tous les publics. Je suis même en train d’aménager une nouvelle section de sciences naturelles, avec des fossiles, des pangolins naturalisés et un crâne d’éléphant de 1901. Les enfants adorent ! » Le nouveau musée héberge aussi l’exposition sur la traite négrière et l’esclavage montrée jusqu’ici à l’Institut Français de Pointe-Noire. Le site est composé de quatre grandes salles réparties entre un pavillon d’exposition permanente et un pavillon d’expositions temporaires. Ses infrastructures comprennent une esplanade pour recevoir des spectacles de danse traditionnelle, un espace consacré à l’artisanat, une salle de conférences, une maison pour le conservateur, un bâtiment administratif, un forage d'eau et un bloc sanitaire. 

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Le public répond présent

« Ce nouveau lieu est devenu emblématique au Congo, indique le conservateur. C’est une fierté nationale. Beaucoup de monde en parle et veut le voir. Sa fréquentation augmente régulièrement. Les écoliers, les touristes et les expatriés viennent en nombre. A nous de les accompagner sur place dans la transmission de ce patrimoine et de cette mémoire, en les captivant à travers les objets qu’ils regardent. » C’est tout le défi relevé par les deux animateurs formés à l’Ecole du Patrimoine Africain avec l’apport financier de Total : inlassablement, ils guident les visiteurs en donnant vie et goût aux collections présentées. A deux pas de là, l’ancien musée a été converti en palais de justice. Intronisé 17ème roi de Loango en 2009, Moé Makosso IV s’est installé juste en face, dans une nouvelle demeure édifiée spécialement sur 960 m2 et inaugurée en 2016. Mais c’est une autre histoire. Qui aura un jour aussi sa place dans le nouveau musée.

L'Unesco est partie prenante du projet

L’Unesco a apporté son concours scientifique au projet du nouveau musée. Ses équipes au Congo ont notamment assuré une partie de l’inventaire des collections, de la restauration et du classement des objets aux normes internationales. Ce projet est important pour l’Unesco. En abordant l’histoire de l’esclavage et le rôle joué par l’ancien port d’embarquement des esclaves à Loango, le musée s’inscrit dans son programme de « Route des esclaves », mis en place pour aider à mieux comprendre les causes, les enjeux et les conséquences de la traite négrière à travers le monde. Admis en 2008 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco, l’ancien port a vu embarquer vers les Amériques près de deux millions d’esclaves entre 1889 et 1923. Une stèle en leur mémoire haute de six mètres a d’ailleurs été érigée et inaugurée le même jour que le nouveau musée sur la route qui les menait au port, située à proximité.